47 - DÉCEMBRE 2016

tation a fait le choix de renforcer son côté gauche plus tonique ; mais cela contrarie Isabelle car c'est condamner le côté droit.

LE RETOUR À LA MAISON

A son retour, Isabelle contacte un or- thophoniste qui s'occupe essentielle- ment du langage. Le praticien choisi ne fera des bilans qu'une fois par se- maine. Isabelle se charge de faire faire à Robert tous les exercices d'articula- tion, de déglutition et cognitif, un peu chaque jour. De plus, Elle a demandé à un des kinésithérapeutes qui inter- venait dans la structure où elle travail- lait, de poursuivre avec elle la prise en charge. Il vient deux fois par semaine, vingt minutes et une de ses collègues prend le relais pour assurer une troi- sième séance. La maison est devenue un centre de rééducation : rampe aux escaliers pour réapprendre à monter et descendre, travailler le tonus du tronc, la verticalité et l'équilibre.

Au début, Robert réagit très lentement, il faut constamment le stimuler pour le faire venir à soi et tenir compte de sa fatigabilité. Tous les matins, Isabelle commence par le mobiliser dans son lit et lui apprendre peu à peu à se retour- ner. Elle mobilise son bras droit et sa jambe droite, fait des étirements pour éviter les rétractations. Il faut au moins trois quart d'heure de stimulation quo-

tidienne pour qu'il soit prêt à prendre un petit déjeuner. Un siège pivotant à la baignoire a été installé pour faciliter la toilette. En décembre 2013, comme Robert est un peu plus tonique, une douche adaptée a été réalisée par un voisin plombier.

Isabelle réapprend peu à peu à son mari à coordonner ses jambes et à en avoir la maîtrise. Dans la salle de bain, elle a affiché des panneaux avec tous les exercices ortho à faire devant la glace. Ils passent beaucoup d'heures à faire des grimaces et des bruitages pour récupérer la motricité du visage, de la langue, des paupières et réapprendre à articuler car Robert a une dysarthrie. Il réapprend ainsi à articuler puis à pro- noncer des mots de plus en plus com- pliqués, à faire des phrases de plus en plus complexes.

Plus tard, Isabelle lui réapprendra à lire comme à la maternelle. Aujourd'hui, il utilise une liseuse. "On ne lit que des livres amusants ; c'est plus motivant et on ne se prend plus au sérieux ; on se moque de tous nos jolis défauts" nous confie Isabelle.

Un kiné auquel Isabelle se référait sou- vent quand elle travaillait lui a appris que toutes les idées même les plus farfelues sont bonnes pour faire avancer le patient ; "je dois en avoir au moins une par semaine ; j'ai accroché par exemple des ballons de baudruche sur le toit de la ter- rasse et j'ai dessiné dessus un visage. J'ai donné une ma- traque en carton à Robert afin qu'il retrouve l'automatisme de lever les bras en l'air. Nous avons joué et il n'a plus pensé à la difficulté et la matraque a dû l'inspirer" nous raconte Isabelle.

LES PROGRÈS DE ROBERT SONT SIGNIFICATIFS

Aujourd'hui, Robert se tient assis avec un dossier, utilise son bras droit ; la verticalité est possible. Cet été, Isabelle lui a fait

confectionner des semelles orthopé- diques par un podologue posturologue. Ce sont des semelles qui corrigent la position des pieds puisqu'il restait sur son talon droit sans poser ses orteils et qu'il avait quatre centimètres de dif- férence à droite. Ce sont des semelles de son invention qui corrigent les ap- puis des pieds et donc toute la posture du corps. Elle a pu ainsi faire avancer Robert sur son équilibre statique et il s'est bien redressé. Ces derniers mois, Isabelle a fait travailler Robert sur le geste d'écriture et la réutilisation des outils scripteurs (doigts, poignet, coude) et ensemble ils avancent vers le réapprentissage de l'écriture cursive.

SUR LE LONG CHEMIN DE LA RÉADAPTATION ET

DE LA GUÉRISON

Toutes les trois semaines, la jeune femme emmène son mari chez un or- thoptiste (rééducateur pour la vision binoculaire). Grâce à ces séances, Robert récupère peu à peu son accom- modation. L'angle de l œil gauche est passé de 60° à 40°. Son nystagmus à l'œil droit est moins important. Le nystagmus est un mouvement involon- taire des deux yeux, d'oscillation de

*La bradypsychie et un ralentissement du fonction-

nement cognitif se manifestant par une baisse glo-

bale des fonctions intellectuelles lorsque la durée

de réalisation est limitée, contrastant théoriquement

avec des résultats corrects, ou notablement amélio-

rés, lorsque la tâche est exécutée sans limitation de

temps. Par extension, tout ralentissement intellec-

tuel, même lorsque la fluctuation des performances

avec le temps apparait moins claire

*La tétraparésie est une atteinte des quatre membres

par une diminution des possibilités de contraction

des muscles. Elle est due à des perturbations neuro-

logiques survenant au niveau de la moelle épinière,

de localisation cervicale.

* Le syndrome dysexécutif est un trouble des fonc-

tions exécutives. Ces fonctions administrent, super-

visent et contrôlent toutes les fonctions spécifiques

(langage, mémoire, planification, visuo-spatiales,

gnosiques et raisonnementales)