45 - DÉCEMBRE 2016

en clinique. C'est une récidive de la tumeur de 1997. Il reste vingt-quatre heures sous surveillance en soins in- tensifs puis il est transféré dans le ser- vice de neurochirurgie.

Trois jours après l'intervention, Isabelle s'aperçoit que l'oreiller de Robert est complètement trempé. Elle le signale à l'infirmière qui lui répond que les pan- sements ne sont changés que tous les deux jours puisqu'ils contiennent des principes actifs; Isabelle sait que la soi- gnante a raison, mais elle est persua- dée qu'il y a un problème.

Le lendemain, lors de sa visite, Isabelle constate que, non seulement, l'oreiller de son mari est trempé mais que son T-shirt l'est aussi. Elle appelle aussitôt l'infirmière de service, ce n'est pas la même que la veille. Celle-ci lui explique qu'elle a déjà prévenu le neurochirur- gien car ce n'est pas normal. Une fis- tule est apparue et le liquide céphalo rachidien s'écoule.

Le soir, le neurochirurgien vient dans la chambre de Robert lui poser trois agrafes. Mais, cela ne suffira pas. Ro- bert a de fortes céphalées. Le lende- main, il repasse au bloc, car il faut faire un collage. Dans la semaine, Robert souffre toujours de très forts maux de tête. Ils sont de plus en plus intenses et s'étendent jusque dans la nuque.

Le 16 mai 2012, à six heures du ma- tin, Robert appelle son épouse. Il n'en peut plus tant la douleur est intense. Cette dernière appelle l'infirmière qui lui explique qu'il faut attendre que le médicament agisse, alors que cela fait déjà deux heures que l'antalgique a été administré. Isabelle décide de réveiller Samuel et prend la route pour se rendre à Toulouse. Il faut absolument qu'elle prévienne le neurochirurgien.

A sept heures trente, le neurochirurgien vient d'être appelé, il craint une hydro- céphalie*. Il assure à Isabelle que cela va s'estomper tout seul.

Nonobstant l'avis du médecin, l'état de Robert s'ag- grave au cours de la semaine. Il est placé sous mor- phine, traitement qu il supporte dif- ficilement à cause des hallucinations qu'il provoque. Cependant, la dou- leur s'estompe peu à peu sous l'effet du médica- ment. Le médecin prévoit la sortie de Robert pour le 22 mai. La veille, ce dernier qui n'est plus sous morphine se sent à nouveau mal. Le lendemain matin, Isabelle demande à une voisine d'aller chercher Samuel à l'école et de le prendre en charge jusqu'à son re- tour. Quand elle arrive dans la chambre, Robert est très mal. Elle interpelle de suite l'infirmière cadre du service et lui demande quand le neurochirurgien a vu son époux. Cette dernière qui ne vien- dra jamais dans la chambre de Robert, lui répond qu'il est passé à neuf heures et qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter, que son mari est en train de décompenser et fait simplement une crise d'angoisse.

EN PLEINE DETRESSE FACE À UNE EQUIPE MEDICALE QUI NE REAGIT PLUS

L'état de Robert s'aggrave, il a uriné dans son lit. Le personnel ne réagit pas plus; Isabelle décide de descendre voir le neurochirurgien qui est en consulta- tion le mardi. Il lui assure qu'il a donné toutes les classes médicamenteuses possibles à son mari, notamment un décontractant et que ce n'est pas rare d'avoir mal aux cervicales après une telle opération. La jeune femme lui reprécise les symptômes : douleurs sur toute la tête, respiration et déglu-

tition difficiles. Il ne l'entend pas. Elle retourne auprès de Robert. Son voisin de lit et sa famille qui est présente l af- folent. Robert ne parle plus, Isabelle lui demande de lui serrer la main; elle obtient une première fois une faible ré- ponse et plus rien, les pupilles de Ro- bert se dilatent. Isabelle et la famille du voisin de chambre, vont chercher les infirmières et sonnent. Le personnel infirmier réagit enfin. Le neurochirur- gien sera prévenu et viendra enfin voir Robert à seize heures trente et le fera transférer en réanimation. Isabelle ne reverra Robert que le lendemain à quinze heures. Le médecin de réani- mation lui annonce que son mari a fait une détresse respiratoire, une hydro- céphalie et que le tronc cérébral a été gravement atteint. Il est trachéotomi- sé. Son pronostic vital est engagé. On lui a posé une dérivation externe pour évacuer le LCR (liquide céphalo rachi- dien). Il restera près d'un mois dans le coma. A partir de ce moment, le temps ne s'écoule plus normalement. Il s'est arrêté comme suspendu. Il fait une mé- ningite infectieuse, à cause de la dé- rivation externe, qui est une véritable porte d'entrée aux infections, puis une ventriculite.

SAMUEL LAISSE DES MESSAGES À SON PAPA PAR DICTAPHONE INTERPOSE

Samuel n'a pas le droit de voir son papa durant son coma. Le jeune garçon commence à s angoisser. Sa maman lui achète un dictaphone pour qu'il puisse parler à son papa. Son professeur prin- cipal aura la gentillesse de lui permettre de le garder avec lui toute la journée afin qu'il puisse laisser un message à

*Une hydrocéphalie est une accumulation exces-

sive de liquide céphalo-rachidien (LCR) à l inté-

rieur des cavités du cerveau, due à une mauvaise

circulation ou une absorption déficiente du LCR.