98 - DÉCEMBRE 2016

multiples envies de tout laisser tomber, Eléonore a tenu le choc. Je me suis vite rendue compte que le droit n était pas fait pour moi. Fatiguée, j ai eu très souvent envie de tout arrêter, sans le soutien de mes parents et de mon petit ami de l époque, je n aurais sans doute pas terminé la formation. Les amours parlons-en ! Notre fille nous a prouvé qu être handicapée et avoir un petit ami était bel et bien compa- tible. Nous avons donc vécus, comme tous les autres parents, les joies et les peines de cœur de notre fille. Quand Eléonore nous a annoncé avoir ren- contré un charmant jeune homme lors d une soirée entre amis, nous avons été particulièrement heureux et soula- gés que notre fille puisse avoir une vie d adolescente normale. En France le handicap est malheureusement encore mal accepté par les jeunes, souvent moqueurs. Nous étions réellement heu- reux que notre fille soit aimée pour ce qu elle est et que le handicap ne soit pas une barrière à son bonheur. Pen- dant toute mon adolescence, j étais inquiète de ne pas avoir de petit ami, de ne pas être acceptée. Ce sont des inquiétudes légitimes, mais heureu- sement, certains garçons n accordent pas d importance au handicap et s at- tachent à la personne telle qu elle est. Ce n est pas la majorité, il faut savoir faire un tri entre les bons et les mau- vais garçons, mais ça s apprend vite !

L Erasmus en Espagne

Après avoir obtenu avec Mention Bien ses deux premières années de Droit et ses deux années de Classe Prépara- toire, Eléonore a tenté les concours pour rentrer à Sciences Po. Trois concours dans trois villes différentes : Grenoble, Lyon et Aix-en-Provence. Un marathon entre les voyages en train, les épreuves et la longue attente des résultats. Ac- ceptée sur liste complémentaire à Aix- en-Provence, elle n intégrera finalement pas l école, son premier échec ! J ai donné tout ce que j avais, mais je n ai malheureusement pas réussi. Je crois que c était le plus gros échec de ma vie jusqu à maintenant. Cependant, je savais que si je voulais réellement inté- grer cette école, j y parviendrai, coûte

que coûte ! Accepter cet échec fut par- ticulièrement difficile pour notre fille qui n avait encore jamais échoué dans ses études. Cependant, même si elle parle d un échec, être acceptée sur liste com- plémentaire était déjà un exploit ! Les concours pour rentrer à Sciences Po sont particulièrement difficiles. Pour sa troisième année d études, elle prit la décision de s expatrier en Es- pagne, à Grenade, dans le sud de l An- dalousie ! Notre fille a toujours aimé l Espagne. Depuis ses 13 ans, elle n a d yeux que pour ce pays. Alors, quand elle nous a annoncé qu elle partait un an en Erasmus à Grenade, ce ne fut pas une surprise. Nous étions inquiets de la laisser partir à 1800 kilomètres, mais nous savions qu elle y réaliserait son rêve. Vivre à Grenade fut une expé- rience extraordinaire ! Pour la première fois, j avais la sensation que j étais au bon endroit. Cette ville est magnifique, festive, les habitants sont accueillants et solidaires ! Je me suis intégrée sans aucune difficulté et j ai rencontré des gens venant de toute l Europe. Une année ma- gique ! Nous sommes particulièrement fiers d Eléonore, qui a réussi à s adapter et à vivre en complète autonomie. Nous sommes au- jourd hui encore, très surpris de ce

qu elle a accompli. Depuis son expérience à l étranger, il est difficile de suivre Eléonore, qui malgré ses études parvient à arpenter l Europe et le Maghreb, en solitaire ou accompagnée d amis, avec son fauteuil et son sac à dos. Vivre à l étranger a réveillé en moi l envie de voyager, de dé- couvrir le monde. Dès que j ai un peu de temps, je réserve un billet d avion et je pars à la conquête d un nouveau pays, équipée de mon fauteuil et de mon sac à dos. Je voyage souvent seule. C est un défi ! Et ça permet de faire de très belles rencontres ! Dans quelques semaines, Eléonore achèvera sa dernière année d études à Sciences Po et à l école de Journalisme de Marseille, qu elle a finalement réus- sie à intégrer, et débutera sa carrière de journaliste. Comme quoi, quand on veut, on peut !

Véronique, François et Eléonore VERN