Histoires de gendarmes

Les risques du métier de gendarme en 1925
( raconté par Marc Bouquet, fils de gendarme à St Ciers)


La caserne de Gendarmerie de Saint Ciers du Taillon!

Nous sommes en fin d'année 1925. Cest l'hiver, il fait grand froid !
Le gendarme Bouquet est en patrouille avec un collègue sur le secteur A de St Ciers à Touvent. Les deux pandores, engourdis par le froid, appuyant fortement sur les pédales de leurs bécanes parvenaient difficilement à rouler sur un chemin gelé. Le gendarme qui roulait en tête s'aperçut soudain que son collège ne le suivait plus, il rebroussa donc chemin et le trouva sur le bord d'un champ, sans connaissance, étendu de tout son long, le visage ensanglanté déjà coagulé par le froid. Le gendarme Bouquet fut ramené à la brigade de St Ciers , un oeil sorti de son orbite avec une fracture de la boîte crâniène. Son fils, qui avait alors 4 ans, a toujours la vision de cet homme que ses collègues portaient, assis sur une chaise, pour lui faire monter l'escalier et le mettre précautionneusement sur son lit.

Informé de l'accident, le curé (dont nous parlerons plus loin) s'est présenté à l'appartement du gendarme pour apporter son aide morale à la famille et visiter le blessé. Le médecin ayant remis l'oeil dans son orbite en précisant que le patient était en mauvaise posture, le curé se pencha vers l'homme allongé qui, l'observant d'un oeil malicieux, lui expédia un crachat sanguinolent sur la soutane. Se relevant en souriant le prêtre dit : " Merci de cette décoration, tu t'en sortiras ". Il quitta l'appartement du gendarme en montrant fièrement cette tache rouge sur sa poitrine (anecdote racontée plus tard par le gendarme lui-même à son fils).


L'image qu'il a gardé dans sa mémoire d'enfant

Suite à cet accident, le gendarme Bouquet fut transporté à l'Hôpital de Saintes, où il fut trépané. Les médecins laissèrent entendre à son épouse qu'il pourrait devenir fou ou paralysé. A sa sortie de l'hôpital, il revint pendant quelques temps à la brigade. Pour éviter la paralysie, les médecins lui avaient recommandé de faire du sport; il se mit donc à bêcher son lot de jardin, et à le rebêcher, sans rien planter; ce qui suscitait la compassion de ses collèges gendarmes. Mis à la retraite, il se retira chez son père à Médis. Quatre ans plus tard, il retrouva miraculeusement toutes ses facultés intellectuelles et prit un commerce à Cozes vers 1929. Après avoir pris un fermage près de Gémozac, il reprit un commerce à Médis jusqu'en 1945, tout en continuant à jardiner et à faire valoir quelques terres de vigne et autres cultures jusqu'en 1965. Il décèdera en 1972.

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Règlement de comptes à la Brigade

Au cours des années vingt, l'évolution technique permit l'essor de la construction automobile, permettant l'installation dans tous les coins de France, de dépositaires des différentes marques ainsi que des moyens mis à la disposition des automobilistes pour remédier aux incidents ou accidents mécaniques qu'ils n'allaient pas manquer de connaitre.
Saint Ciers, comme tous les chefs lieux de commune, avait son Garage, au centre du bourg, tenu de main de maître par Mr Justin SIMON, agent de la marque CITROEN pour le concessionaire ARDON de Saintes.


Le garage SIMON
(Justin SIMON ne figure pas sur la photo, son épouse Marie est au centre)

Les gendarmes assuraient leur service, dont les tournées, à bicyclette et l'on sait la mésaventure qui arriva à l'un d'eux au cours de l'hiver 1925. Suite à cet incident dramatique, les discutions allaient bon train au sein de la brigade pour demander à la hiérarchie de mettre à sa disposition un véhicule, au moins pour assurer les missions les plus pénibles. Comme toujours, il y avait les "pour" et les "contre". Parmi les "pour" il y avait le gendarme Moreau. Très attiré par la mécanique et le modernisme, il avait fait de Mr SIMON un ami avec lequel il engageait des discutions interminables à comparer les performances des différents modèles, leur maniabilité et autres caractéristiques de fonctionnement.
Les rencontres de ces deux passionnés étaient commentées sévèrement par les partisans du "non" à la brigade; ce qui n'empêcha pas notre novateur d'apprendre à conduire ces "engins" et d'acquérir une Auto.

Le jour de la livraison du véhicule, notre militaire vint au garage en prendre possession, s'initia aux commandes et, "fier comme Artaban", parcourut la rue principale de St Ciers et vint s'immobiliser devant la brigade. Soudain le Chef de Brigade, s'extirpant de son fauteuil, ne fit qu'un saut jusqu'au conducteur en l'apostrophant "gendarmesquement" :
"- vos papiers, autorisation de circuler, certificat de capacité, documents relatifs au véhicule !
- Chef, je ne peux vous présenter que les papiers concernant le véhicule. Vous n'ignorez pas que je passe l'examen du certificat de capacité ces prochains jours.
- Je ne veux pas le savoir ! Le décret portant règlement relatif à la circulation automobile, section 1, titre 3, articles 11 et 12, stipule que tout contrevenant est passible d'une amende. En conséquence, je vous dresse un procès-verbal pour conduite sans certificat."

Pris en faute et respectueux de la Loi, le gendarme Moreau s'exécuta et paya son amende. A quelques jours de là, notre militaire en service sur la voie publique aperçoit l'épouse de son Chef de Brigade qui, montée sur son vélo, allait faire ses courses.

"- Bonjour Monsieur Moreau, comment allez-vous ?
- ..............
- Que se passe-t' il ?
- Madame, présentez-moi votre plaque de vélo !
- Vous savez bien que nous n'en avons pas !
- Madame, constatant que vous êtes en infraction avec la loi, je suis dans l'obligation de vous dresser contravention."

La Dame paya son "contredanse"; l'histoire fit le tour de la commune, la population s'en amusa. Quant à l'ambiance à la brigade ? nous n'avons pas de témoignage à ce sujet.
On peut aisément supposer qu'elle fut très "tendue"car l'affaire n'en resta pas là. En effet, le gendarme Moreau fut "déplacé" à la gendarmerie de St Genis. Cet éloignement géographique, somme toute très limité, n'empêcha pas notre gendarne désormais "mécanisé" de venir fréquemment rendre visite à notre garagiste, Justin SIMON.

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Les gendarmes, le dimande après-midi....et le curé

 
Marc Bouquet se souvient que les gendarmes, du moins ceux qui n'étaient pas de service, se rendaient dans un café en face de l'église pour "taper" la belote, la manille ou bien jouer à la luette. Le quatrième lascar était Monsieur le Curé. En fait de café, il devait s'agir du restaurant, situé effectivement en face de l'Eglise, tenu jusque vers 1926 par Mr Loriaud qui détenait une petite licence pour les boissons. Comme c'était l'heure des vêpres, les pandores prévenaient le brave curé que les cloches l'appelaient pour l'office de l'après-midi. Invariablement il répondait : " le dimanche je n'officie pas l'après-midi car il n'y a rien à boire, alors qu'ici, en votre compagnie, je peux m'humecter la glotte".


Il devait s'agir de l'Abbé Chevallereau
qui fut curé de St Ciers de 1911 à 1935

IL s'agit d'une véritable figure locale, de taille plus élevée que la moyenne de l'époque, qui attirait la sympathie avec son air jovial, son regard malicieux caché derrière ses lunettes et sa barbe rousse et cuivrée. Les habitants de la paroisse , toutes opinions politiques ou religieuses confondues, s'entendaient bien avec ce curé qui était un bon vivant.
Et bon vivant, il pouvait l'être, car ses moyens financiers le lui permettaient. Considérant que son ministère était de maigre revenu, il était devenu agent d'assurances. Il disait : " Mon assurance me nourrit, mes ouailles ne me nourrissent pas". Il possédait une cave très bien fournie en bons vins, invitait à sa table des amis pour partager l'excellente cuisine que lui faisait sa bonne. Il était également amateur de belles voitures. Ainsi il alla chercher lui-même une voiture neuve aux usines Citroën de Javel à Paris. Il eut en autre une Citroën "Trèfle" à 3 places, une Peugeot 201 puis une Citroën "Rosalie" de 10 CV.
Sa vie de curé "épicurien" s'arrêta brutalement en 1934 dans les virages de la Montée Blanche près de St Ciers, lors d'un accident automobile provoqué par une attaque cérébrale (le Seigneur lui faisait-t'il payer ses péchés de chair ?). Il mourut l'année suivante à 54 ans. Il repose dans le cimetière de St Ciers, dans une tombe à même le sol, dans l'allée centrale, au pied de la Croix.

(article de Jacques Lamontellerie dans l'Echo Taillonnais printemps 1998)

 
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 Le gendarme et les ... coureurs !

 
Lorsque le gendarme Bouquet n'était pas de service, le jeudi, il constatait que les enfants se trouvaient livés à eux-mêmes, se chamaillaient et, il faut bien le dire, s'ennuyaient. Alors, il organisait de petites épreuves sportives sur le terrain situé en face de la brigade ou bien sur la route qui servait de piste de course. De ses propres deniers il attribuait un prix au vainqueur de l'épreuve. En 1924, les subventions n'existaient pas !
Quand il veut, l'Homme peut faire; même avec peu de moyens.
 

Textes tirés du site de Jacky COMBAS " Saint Ciers du Taillonberceau de mes ancêtres " avec son aimable autorisation
Merci à Marc BOUQUET pour ces témoignages sur les gendarmes de cette époque

Jacky Combas Lieutenant de réserve de l'Armée de l'Air
(ancien Aspirant, issu des ex-appelés au Service Miltaire)