A propos de Kévin

Maman (Sonia) et Kévin Juillet 2011
Maman (Sonia) et Kévine Juillet 2011

GRIEVEMENT BLESSE DANS UN ACCIDENT DE LA ROUTE, KEVIN GARDE DE GRAVES SEQUELLES

10 avril 2010, 23h35, le téléphone sonne, Sonia se réveille en sursaut :
"Madame LOUYOT ? C'est la gendarmerie, votre fils Kévin vient d'avoir un grave accident de la route, son cas est grave, il est transporté à l'hôpital de GAP.

Un départ dans l'urgence et un terrible choc à l'arrivée

De suite, elle réveille Xavier le père de famille ainsi que ses filles Fanny et Naïs pour leur expliquer qu'ils doivent partir d'urgence et qu'il faudra veiller sur leurs petits frères Tom et Bastien.
Les parents arrivent à deux heures du matin à  GAP, le médecin des urgences leur explique que l'état de leur fils est critique, qu'il a de grosses lésions au cerveau, à la cage thoracique, que c'est très grave…
Qu'il faut faire vite car son pronostic vital est engagé.
La maman ne sent plus ses jambes, une douleur dans sa poitrine ne cesse d'augmenter, elle demande immédiatement à voir son enfant. Une infirmière arrive à ce moment là pour conduire le couple dans une salle où elle leur annonce que Kévin va être héliporté vers Marseille Nord car il risque de ne pas supporter  le voyage par la route! 
A cet instant, complètement désemparée, Sonia supplie l'infirmière de la laisser voir son fils en lui disant qu'il faut qu'elle l'embrasse, qu'elle le touche car si le pire arrivait, son fils devait savoir à quel point elle l'aime, si elle ne devait plus le revoir vivant ce qu'elle ne peut pas croire…
L'infirmière court pour voir s'il est encore possible de conduire Sonia auprès de Kévin et dans le même temps, Sonia entend le bruit des hélices. Elle sait que son  fils va s'en aller quand soudain l'infirmière revient et lui dit :"Madame, il ne faut pas perdre de temps".
Une seconde infirmière entre dans la salle où se trouvent Xavier et Sonia avec dans une main un sac poubelle et dans l'autre une enveloppe qu'elle tend à la maman. A l'intérieur, il y a la bague que les parents ont offerte à Kévin pour ses 18 ans, la gourmette qui porte le prénom de sa sœur et sa boucle d'oreille. C'est une douleur déchirante qui la saisit à cet instant, elle a l'impression que son enfant s'en va à tout jamais.
Le sac, elle ne peut pas l'ouvrir tout de suite, elle sait très bien ce qu'il contient: tout ce que Kévin portait au moment de l'accident.

En une minute seulement, la vie de toute une famille avait basculé.

Arrivés à Marseille Nord, les parents demandent où se trouve le service de déchoquage. "l'attente est longue" le médecin de garde arrive, il les informe de l'état de Kévin et leur explique qu'il est sous respirateur , dans le coma avec traumatisme crânien, un pneumothorax droit compressif, une fracture du crâne avec embarrure ouvert de deux centimètres, de multiples fractures des os de la face type Lefort III (barème de gravité) et une fracture du cubitus.
Avant de voir Kévin, Xavier et Sonia doivent revêtir l'équipement de protection intégral afin de n'apporter aucun microbe dans sa chambre. Après s'être habillés, les parents passent le sas en compagnie d'une infirmière qui leur indique où se trouve leur fils. Au fur et à mesure que le couple avance, Sonia prend de plus en plus conscience qu'elle est dans la réalité et que c'est vraiment Kévin qu'elle voit là, sur ce lit, entouré d'autres accidentés. Il a des tuyaux partout dont un qui l'aide à respirer, son visage est gonflé et ses yeux pleins d'hématomes. Xavier s'effondre sous le choc, l'infirmier lui apporte une chaise. À ce moment là, Sonia éprouve le besoin irrépressible de toucher son fils, elle lui prend la main, elle caresse doucement les parties de son visage qui ne sont pas recouvertes par les tuyaux qui l'aident à survivre. Elle a besoin de sentir son odeur et de lui parler enfin: " dans quel état tu t'es mis, tu dois te battre, j'ai besoin de toi, tout le monde a besoin de toi."  
Elle aurait donné sa vie pour lui à cet instant là, son fils était si jeune et si beau et en une minute seulement, la vie de toute une famille avait basculé.
Elle doit quitter Kévin au bout de quelques petites minutes pour laisser la place à Xavier car les visites sont limitées à 1 quart d'heure par personne.

Kévin Juin 2010
Kévin Juin 2010

Un soutien sans faille

Deux jours plus tard, Kévin présente une réponse motrice adaptée, d'un point de vue neurologique, sans toutefois ouvrir les yeux et sans réponse orale. Il bouge les quatre membres. Un scanner confirme la présence d'un hématome, une volumineuse contusion et un gonflement cérébral. Les médecins décident de mettre en place une pression intra crânienne et de placer le jeune homme  sous sédatif afin qu'il ne souffre pas.  Sonia et Xavier sont présents chaque jour auprès de leur fils et afin de stimuler Kévin, sa maman demande l'autorisation à l'équipe médicale de lui faire écouter de la musique.
Entre temps, le jeune blessé fait une embolie pulmonaire avec décollement de la plèvre. Il est donc mis sous  antibiotiques.

Les jours se succèdent mais ne se ressemblent pas

Deux semaines après l'accident, Kévin respire pendant quarante cinq minutes seul sans assistance, mais les médecins préfèrent le remettre sous respirateur car il s'épuise trop.
Durant la semaine suivante l'état du jeune accidenté s'aggrave, l'équipe médicale décide de changer d'anti biotiques et pratique une ponction lombaire. Sonia ne supporte plus les souffrances subies par son enfant. Le drain thoracique qu'on lui a posé continue à buller, mais le poumon est collé à la paroi ; ouf!!
Deux jours plus tard,  un scanner cérébral et abdominal est encore passé, verdict: Kévin fait pour la seconde fois une pneumonie. Le traitement antibiotique est une nouvelle fois changé et le jeune homme est transféré en réanimation et remis sous assistance respiratoire donc ré intubé. Les jours se succèdent et ne se ressemblent pas, tantôt un bon, tantôt un mauvais, c'est insupportable.
Après la pose de quelques vis et d'une plaque dans le coude gauche de Kévin, les médecins décident de retirer les points de suture de son crâne car la brèche s'est refermée. Le jeune homme a perdu près de cinquante kilos (il en pesait près de 80) une gastrostomie est mise en place.
Le 10 juin, Kévin endure une nouvelle dégradation respiratoire avec un second pneumothorax gauche.
Deux jours plus tard son poumon est recollé à la paroi. Il faudra attendre encore quelques jours pour que son état se stabilise, il communique enfin avec ses parents en clignant des yeux : une fois pour oui, deux fois pour non.

Tom et Bastien les petits frères de Kévin le réclament.

Sonia et Xavier attendaient que leurs deux plus jeunes fils soient prêts à rendre visite à leur grand frère. Ils ne leur ont rien caché des dures épreuves que vivait Kévin car elles étaient aussi les leurs. La maman décide de rendre visite à son aîné accompagnée des deux cadets de la famille, elle explique au médecin qu'ils ont besoin de se faire une idée juste de l'état de leur frère. Ce jour là, ils vont surprendre leurs parents car Tom entre directement dans la chambre de son grand frère et son premier geste est de lui parler et de lui prendre la main. Bastien, lui, entre et ressort tout de suite, il prend cinq minutes de réflexion, respire un grand coup et dit à sa maman : "ça va, je suis prêt"

Kévin et Tom Juin 2010
Kévin et Tom Juin 2010

Kévien et Bastien Juin 2010
Kévin et Bastien juin 2010

Une nouvelle aggravation de l'état de Kévin

Le 21 juin, une aggravation de l'état de Kévin nécessite une tomodensitométrie cérébrale sur laquelle on découvre une hydrocéphalie (augmentation du liquide céphalo-rachidien).
Les médecins posent alors une dérivation ventriculaire externe et à compter de cette intervention, de jour en jour le jeune homme se réveille de plus en plus. Avec stupéfaction, les parents se rendent compte que leur fils comprend ce qu'ils disent, il essaye de parler mais le son ne sort pas. Sonia est saisie d'un profond sentiment d'impuissance et de révolte. Le cerveau de son fils ne répond pas.
Durant tout le mois de juillet, Kévin a fait des pics fébriles(ou poussées de fièvre), il a arraché sa dérivation qui a été replacée. A présent, il faut attendre que les globules blancs diminuent pour pouvoir poser une sonde à l'intérieur du cerveau du jeune homme. Une escarre est apparue à son bras gauche, il a fallu lui faire une greffe de peau, Sonia a appris par les infirmières qu'il avait aussi une escarre au sacrum, il était si maigre que c'était inévitable.
 Au début du mois d'août, Kévin est encore fébrile, l'équipe de médecin change son traitement antibiotique, sur le plan respiratoire il est stable. Deux escarres aux talons apparaissent, chaque jour, ses parents le massent et graissent ses pieds. Après l'extraction accidentelle de la dérivation, le médecin décide de ne pas la reposer car l'état neurologique du jeune homme est stable.

Un mois d'août en dents de scie

Le 11 aout, dès son arrivée, la maman remarque que quelque chose ne va pas. Elle ne comprend plus son fils, elle pense qu'il est à la limite du coma. Le docteur BLASCO qui a accompagnés la famille tout au long de ces dures épreuves, préconise la repose de la dérivation car il y a une nouvelle fois trop de liquide céphalo-rachidien.
Jusqu'au mois de septembre, la famille a vécu de la même manière que Kévin : en dents de scie. Levés, le matin, les parents s'occupaient tant bien que mal de leurs quatre autres enfants pour partir à Marseille chaque jour; chaque soir il fallait que Sonia téléphone pour savoir comment allait son fils. Elle a souvent eu à faire à du personnel soignant très compréhensifs mais parfois il est arrivé qu'elle tombe sur une ou un employé indélicat qui ferait bien de changer de service car on ne dit pas à une maman :"Kévin est égal à lui-même" un peu de réconfort et de chaleur sont important quand son enfant est en soin continu.

Naïs, Kévin et Bastien Août 2010
Naïs, Kévin et Bastien Août 2010

Une intervention extrêmement risquée est envisagée

Début septembre, Kévin est toujours en soin continu, son état neurologique se dégrade à nouveau, il ne répond plus aux ordres simples, la fièvre est tombée mais il y a une  nouvelle augmentation du liquide céphalo-rachidien (LCR). Au cours d'une de leur visite quotidienne,  les parents rencontrent le médecin qui leur annonce de bien mauvaises nouvelles : une hydrocéphalie importante et persistante a été décelée au quatrième ventricule avec une mauvaise circulation entre les ventricules latéraux et le troisième ventricule. Il faudrait drainer le LCR en surplus et améliorer sa circulation entre les ventricules pour ce faire, il faut pratiquer une intervention chirurgicale extrêmement risquée qui pourrait entrainer la mort ou le handicap total. Les médecins doivent rencontrer les neurochirurgiens afin de se concerter et prendre une décision. L'attente est longue, trop longue… Deux jours plus tard, les médecins ne parlent plus de cette intervention, en revanche, la pose de la dérivation interne est quant à elle programmée. L'opération se déroule très bien, Sonia se dit que le plus important est fait!
Jusqu'au 10 octobre, l'état du jeune homme n'a pas régressé. Le personnel soignant parle d'une éventuelle sortie pour le 13 octobre. Kévin serait transféré à la clinique Saint Martin. Les parents ont du mal à le croire et croisent les doigts. Sonia a prié chaque soir, elle a dormi avec le T-shirt de son fils chaque nuit. Cette douleur qui l'avait pris dans la poitrine le jour de l'accident ne l'a jamais plus quittée et elle ne cessera jamais d'exister. La famille LOUYOT vient de terminer un chapitre de sa vie pour en commencer un autre.

L'équipe de Marseille Nord 10 Octobre 2010
L'équipe de Marseille Nord 10 Octobre 2010
Yan Caroline Rudy Odrey Chantal

Une nouvelle organisation s'annonce!

Dans l'ambulance qui les emmène vers la clinique, Sonia est heureuse mais paradoxalement inquiète aussi. Elle ne sait pas ce qui les attend. Arrivés à Saint Martin, les parents montent au centre de réveil. Le port des chaussons est obligatoire, il y une porte à code et de nouveaux horaires de visite : de 11h45 à 14h00 et de 17h00 à 20h00. Une nouvelle organisation s'annonce! Au bout de quelques jours, Sonia se trouve dans le box de Kévin quand elle le voit revenir de sa séance de kiné, le brancardier le soulève pour le remettre dans son lit et une fois assis, alors que l'homme lui tient encore la tête, Kévin tombe d'un seul coup, comme un pantin, sur son lit. A ce moment précis, le cœur de Sonia manque un battement, la peur l'envahit, elle croit avoir perdu son fils pour toujours,  elle cache ses larmes et garde l'espoir malgré tout. Des jours et des semaines se succèdent, le personnel lui affirme que Kévin fait beaucoup d'efforts. A chaque visite, Sonia doit lui nettoyer la bouche, les dents car il n'a plus le réflexe de tousser. Sa paralysie faciale à droite ne facilite pas les choses.

Les premiers repas et les premières sorties.

Décembre est arrivé et Kévin commence à boire du coca, à prendre de l'eau gélifiée et enfin à manger des petits repas mixés. De semaine en semaine, il progresse nettement, tout n'était pas perdu. Noël est arrivé, Sonia rêve d'avoir son fils aîné auprès d'elle, un Noël avec tous ses enfants!! Mais le médecin n'autorise pas sa sortie pour passer cette fête auprès de sa famille le jugeant encore trop fragile pour supporter la longue route jusqu'à leur maison. Pour Sonia, la déception est grande, mais elle accepte finalement la situation. Heureusement que le jeune homme n'est pas rentré chez lui car le jour de l'an il fait une crise d'épilepsie. Le personnel soignant est fort surpris du degré d'intensité de cette crise. Le voilà épileptique maintenant ! 
Kévin a passé ses 21 ans, Noël et le nouvel an à la clinique Saint Martin. Ses premiers repas, sa première sortie là-bas ont été très durs mais les énormes efforts du jeune homme sont récompensés. Chaque instant passé auprès de lui est très difficile à vivre pour sa famille mais elle a toujours été là pour le soutenir, pour apprécier ses progrès et surtout pour admirer son courage et sa combativité quand il a fallu tout réapprendre. Chaque nouveau geste acquis est une victoire.
Le moment de changer de service est enfin arrivé. Kévin quitte le centre de réveil pour aller au deuxième étage. Il se débrouille superbement bien avec son fauteuil. Sonia se sent très fatiguée mais elle tient le coup parce qu'elle sait que son fils a besoin d'elle et de sa famille et besoin d'être stimulé. L'été a été très difficile à passer mes les efforts de Kévin sont considérables. il a pu venir un weekend sur deux à la maison.
Le deuxième chapitre se termine, le troisième commence.

1ere sortie de la Clinique Saint Martin Octobre 2010
1ère sortie de la Clinique Saint Martin Octobre 2010

Kévin rentre enfin chez lui

Sonia a deux casquettes, celle de maman attentionnée et celle d'infirmière dévouée. Elle fait la toilette de Kévin  au lit, lui achète des couches, le stimule parce qu'elle veut qu'il avance.  Elle se débrouille tant et si bien qu'il les a tous surpris en devenant propre en très peu de temps.
Dans la maison familiale, les chambres et la salle de bain se trouvent au premier étage. Elles sont donc inaccessibles pour le fils aîné. Les parents ont choisi d'aménager le petit salon en chambre  pour lui. Finalement tous se sont bien organisés et le plus important pour eux, c'est d'avoir Kévin près d'eux. Il est sorti définitivement de la clinique le 13 octobre 2011 pour rentrer à la maison. A présent, il se rend chaque jour à Saint Martin en hôpital de jour. Le long voyage est un peu fatigant, mais là encore il prend  sur lui et il avance.  

Le message d'amour de Sonia

Mon fils, je suis très fière de toi, je sais que souvent tes angoisses te font mal car tu n'es plus le même et tu ne seras jamais plus le même. Mais tu deviendras un homme grâce à ta volonté et je serais près de toi jusqu'au jour où tu prendras ton envol, si la vie me permet de pouvoir être encore à tes côtés. Ta maman qui t'aime très fort.
Merci à Fanny et Naïs qui malgré leur souffrance, m'ont énormément aidée pendant ces moment pénibles en s'occupant de Tom et Bastien leurs petits frères. La vie est un combat qui nous rend plus forts, je vous aime tellement mes enfants.

 

Fanny et Kévin Août 2011
Fanny et Kévin Août 2011

Remerciements

Merci au personnel soignant de Marseille Nord, aux Docteurs BLASCO et TEXTORI au professeur ROCHE, aux neurochirurgiens TOUTA et KAYA à Madame DUSSART, aux Docteurs GREMILLET et CURALLUCCI de la clinique Saint Martin et aux ergothérapeutes, kinésithérapeutes et orthophoniste.
Et grand Merci à Michel SCAT président de l'association Gendarmes de Cœur et à son épouse qui, à n'importe quel moment, répondent toujours à nos besoins, le moral n'étant pas toujours au beau fixe.  

Kevin et Sonia

Kévin et Nana
Kévin et Nana